Skip to content Skip to footer

Entrer dans une église de village, en l’occurrence celle de Pruines, c’est souvent s’apprêter à contempler un décor familier.

Pourtant, le regard attentif y découvre parfois des détails qui bousculent nos certitudes et éveillent la curiosité. C’est précisément l’expérience que propose le chœur de cet édifice, où une lecture superficielle des symboles pourrait facilement égarer le visiteur moderne mais pas celui de l’initié qui décrypte les langages et saisit les codes.

Car ce sont les deux grandes statues de terre cuite claire, disposées de part et d’autre dans des niches feintes en briques, qui captent immédiatement mon attention et interrogent. Si à gauche, la Vierge à l’Enfant s’inscrit dans la plus pure tradition mariale, la figure de droite recèle une singularité frappante : gravés à même son socle, une équerre et un compas entrelacés s’offrent au regard.

Pour l’observateur contemporain, ces outils évoquent instantanément l’univers des loges maçonniques.

Que fait donc un tel emblème au cœur d’un sanctuaire catholique ?

S’agit-il d’un clin d’œil secret de bâtisseurs, d’une intrusion philosophique ou d’une réalité historique bien plus ancienne ?

En poussant la porte de cette église et en déchiffrant l’identité de ce saint à l’équerre, nous partons pour un voyage fascinant à la croisée des corporations de métiers du Moyen Âge et de l’incroyable épopée d’un roi d’Inde au Ier siècle.

Décodage d’un patrimoine de pierre qui gagne à être redécouvert.

L’Apôtre, l’Équerre et le Roi d’Inde

Cette statue ne présente aucun lien avec la franc-maçonnerie.

L’association de l’équerre et du compas évoque spontanément les loges maçonniques dans l’imaginaire collectif, mais leur présence dans une église, ce qui peut paraître ambigu sinon iconoclaste, relève plutôt d’une iconographie chrétienne bien plus ancienne : celle des saints bâtisseurs.

Le personnage représenté est Saint Thomas, avec une équerre de bâtisseur (ou une règle) qu’il tient dans sa main.

Selon la tradition chrétienne, Saint Thomas fut envoyé en Inde pour y concevoir et bâtir un palais pour le roi Gondophares, dont l’histoire se situe exactement à la frontière entre le récit religieux chrétien et la stricte réalité historique.

C’est en raison de ce récit qu’il est devenu le saint patron des architectes, des maçons, des tailleurs de pierre et des charpentiers.

L’équerre et le compas entrelacés gravés sur le piédestal servent d’attributs visuels pour permettre aux fidèles d’identifier immédiatement le saint et n’a donc aucun rapport avec la franc-maçonnerie.

L’Église utilisait couramment ces outils professionnels (l’équerre et le compas) pour caractériser ses saints architectes, bien avant que la franc-maçonnerie spéculative ne reprenne ces mêmes outils pour en faire des symboles philosophiques.

Le Dialogue des Deux Figures

À gauche, la figure de la Grâce et de l’Incarnation avec la Vierge Marie portant l’Enfant Jésus qui incarne le début du mystère chrétien, l’accueil de la foi et la tendresse maternelle.

Son socle, richement sculpté de motifs organiques et de feuillages d’acanthe, évoque la fertilité spirituelle et la Création.

À droite, la figure de l’Action et de la Construction avec Saint Thomas, l’apôtre bâtisseur, tenant fermement son équerre de charpentier.

En regard de la Vierge, il incarne l’Église en marche, le travail des hommes et la construction du Royaume.

Son socle arbore fièrement les outils des corporations de métiers : l’équerre et le compas entrelacés.

Close