Le Tabernacle, Serrure du Mystère de la Foi
Si l’architecture d’une église s’élance vers le ciel pour afficher sa foi au grand jour, son centre névralgique — le maître-autel — préfère quant à lui chuchoter à notre conscience des secrets soigneusement cachés et enfouis depuis la nuit des temps au plus profond de notre conscience collective.
Le plan rapproché de cette photo prise en l’église de Pruines isole trois objets qui, chacun à leur manière, incarnent la définition même du mystère : une porte verrouillée, des coffres sacrés et une veilleuse solitaire.
Dans la liturgie catholique, le Tabernacle est le lieu qui renferme ce que les textes appellent textuellement le « Mystère de la Foi » (l’Eucharistie). Le contraste est d’autant plus saisissant entre la pierre blanche, massive et immuable, et cette petite porte dorée qui semble garder un secret millénaire.
À droite, disposées sur le gradin, deux châsses miniatures en forme de cathédrales gothiques encadrent la lumière en la forme d’ une lampe de sanctuaire qui brûle d’un éclat orangé et vif. Dans la tradition, cette flamme indique que le tabernacle est « habité » par une présence, seul élément vivant en mouvement dans ce décor figé par des temps immémoriaux qui ne peuvent s’effacer.
Ces reliquaires peuvent renfermer aussi bien des fragments d’os, des morceaux de tissus ayant appartenu à des martyrs ou à des saints oubliés et dont l’architecture semble tout droit sortie d’une légende médiévale. Ils matérialisent le mystère de la relique qui y est enfermée tel un trésor dans son coffre, un simple fragment du passé pouvant traverser les siècles pour devenir un objet de vénération soumis à la contemplation de la postérité qui nous appartient.

Sous un autre angle symbolique, le mystère du Tabernacle réside dans un contraste saisissant, avec une tension poétique entre deux sources lumineuses que tout oppose , d’une part la lumière céleste et lointaine et d’autre part, la lumière intime et présente.
Le vitrail roman filtre les rayons extérieurs qui viennent mourir en reflets violets sur le sol de pierre, le divin dans sa majesté lointaine.
À l’opposé, tout à fait à droite, brille la veilleuse du sanctuaire, flamme rousse, chaude et mouvante qui incarne la vie dans le quotidien de chacun.

