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Mystères de la Chapelle Haute de Bessuéjouls

La chapelle haute de Bessuéjouls est véritablement unique par son état de conservation, sa configuration intérieure et la nature de son décor mais elle se mérite !

Car après avoir monté l’escalier très étroit à angles vifs et particulièrement rude sur des marches disproportionnées en hauteur, on arrive enfin dans ce lieu privilégié, dé bouchant dans un espace qui rappelle une sorte d’église miniature suspendue dans l’espace et le temps qui ne l’a pas altérée.

La première chose qui frappe en débouchant de l’obscurité de l’escalier qui nous mène au Paradis, c’est cette teinte chaude et texturée du grès rose de l’Aveyron.

On ressent tout de suite cette atmosphère intimiste, typique de l’art roman.

Les murs massifs racontent des siècles d’histoire, mais la sobriété de la pierre est adoucie par la lumière qui la transcende selon les heures de la journée.

Devant cet autel, on ressent immédiatement un sentiment d’intimité brute et de dépouillement.

Un dialogue silencieux s’établit entre la pérennité de la pierre et la fragilité des objets posés là par la main de l’homme, dans la piété éphémère qui l’a consumé dans le feu de sa prière.

J’éprouve dans mon être profond une forme de gravité apaisante.

Devant moi, aucun ornement superflu, pas d’or ni de dorures baroques.

Tout appelle à la concentration de l’esprit dans une esthétique du dépouillement qui implore de se défaire de son ego pour parvenir enfin au Soi.

On a le sentiment d’avoir sous les yeux un espace de prière ou de méditation réduit à son essence la plus pure, là où le bruit du monde extérieur ne peut plus nous atteindre.

C’est un spectacle qui impose le respect par la force de sa simplicité et son dépouillement total.

Dans cet espace suspendu où la mémoire des siècles s’allège de tous ses maux, quand la lumière du matin naissant sculpte l’ombre avec une infinie douceur, et où trois croix de bois suffisent à combler le vide dans le cœur de chacun d’entre nous.

En s’approchant de ces embrasures, le sentiment d’isolement se transforme en une sensation d’ouverture discrète sur le monde.

On quitte la pénombre du sanctuaire pour effleurer l’extérieur d’une main de velours sans vouloir en perturber l’ordre ni l’harmonie.

Ces fenêtres romanes, étroites et profondes, agissent comme des filtres.

Contraste saisissant, la pierre absorbe la lumière tandis que le paysage extérieur, presque irréel à travers la vitre, semble appeler le regard.

Ce qui me frappe surtout, c’est la chaleur de la pierre, pour ce grès rose qui capte la lumière d’une manière très douce, presque intime.

Le Chapiteau à entrelacsest un travail typique de l’art roman.

Les motifs végétaux stylisés et les entrelacs géométriques forment une transition parfaite entre la verticalité de la colonne et la lourdeur de la dalle carrée supérieure.

L’ouverture étroite en plein cintre n’est pas là uniquement pour éclairer, mais pour dramatiser l’espace, qui ne l’oublions pas, est totalement consacré au sacré pour tendre vers le Divin.

En traversant cette ouverture étroite, le rayon de soleil devient un faisceau lumineux mobile, qui redessine à chaque heure le volumes de la colonne et ses détails.

Ce chapiteau nous fait passer de l’abstraction géométrique à la narration symbolique, un domaine où l’art roman excelle par sa double lecture : immédiate pour le fidèle de l’époque et profondément allégorique pour l’initié, à savoir une métaphore sculptée de l’itinéraire spirituel de l’âme.

À la base, les entrelacs végétaux denses et noués symbolisent l’âme humaine prisonnière des ronces du monde matériel et des attachements terrestres, piège des passions qui nous assaillent chaque jour.

En s’élevant, l’homme s’extrait de cette confusion pour cueillir le fruit supérieur, une pomme de pin. C’est le geste de l’âme qui se nourrit de la Sève divine, de la Connaissance et de l’Immortalité à travers la dynamique de l’aspiration au Divin.

Les yeux démesurément grands et ouverts ne regardent pas le monde physique.

Ils traduisent l’éveil de la vision intérieure pour contempler l’invisible : l’âme, désormais libérée, contemple le mystère divin dans un silence sacré, sépulcral pourrais-je dire.

Ce chapiteau sculpté illustre l’étape ultime de l’itinéraire spirituel avec l’élévation et la pesée de l’âme.

Les deux figures ailées sont des anges qui encadrent et soutiennent une forme centrale évanescente, sans forme distincte, de fait l’âme dépouillée de son enveloppe terrestre et portée par le souffle divin vers les sphères supérieures.

L’âme n’est plus soumise à la gravité de la matière, délivrée de ses passions et retournant à sa patrie céleste d’origine dans son intégrité spirituelle.

D’ailleurs, contrairement aux entrelacs terrestres du chapiteau précédent, les lignes ici s’élèvent verticalement en s’ouvrant vers le haut, avec en son centre une sorte d’entonnoir que l’on peut considérer comme une coupe ouverte, un Graal en quelque sorte.

Ce chapiteau évoque l’étape de la confrontation et de la maîtrise des forces intérieures.

Avec un personnage central, agrippé à deux grandes volutes divergentes, opposées et contradictoires, qui maintient l’équilibre au centre du relief.

C’est l’image de l’âme soumise aux tensions et aux dualités du monde manifesté, cherchant son alignement et son unité face aux forces qui la tiraillent.

La cavité remarquable au centre de la poitrine est l’espace du cœur qui symbolise la mort initiatique de l’ego.

L’homme ne subit plus la matière car il canalise et dompte les énergies végétales brutes pour préparer son éveil, en toute conscience et pour l’éveil qui lui appartient désormais.

Je termine ma visite de cette magnifique chapelle haute, avec cette porte qui marque le franchissement du seuil, la fin du cycle et le retour vers le monde extérieur, le monde profane.

Avant de franchir le pas sous le sceau de ce linteau, je dois passer sous un magnifique nœud d’entrelacs infini, symbole de la synthèse de tout ce qui a été contemplé et qui m’a élevé durant cette visite.

M’engager dans la pénombre de cet escalier n’est pas une chute, mais une descente d’intégration pour tout ce qui m’a nourri de la clarté des chapiteaux dans leur symbolique typiquement romane.

Au cœur de la descente, la petite meurtrière laisse filtrer un unique rayon.

C’est le rappel que même dans les passages les plus étroits, secrets ou sombres de notre propre architecture intérieure, la plus petite étincelle spirituelle resplendit de mille feux pour guider les pas du pèlerin en quête de connaissance.

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