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De la Violence à la Grâce : L’Origine Sacrée de l’Autel

Sur un déplacement au Pays Basque, je m’étais longuement attardé à traiter d’un point de vue symbolique le Tétragramme sacré inscrit en lettres d’or au cœur de cet autel avec ce fameux triangle où on distingue les quatre lettres hébraïques du nom ineffable de Dieu qui manifeste la présence du Verbe – le Logos de l’Evangile de Jean -, la vibration créatrice qui crée le monde.

Je n’y reviendrai donc pas, pour développer la notion d’autel, de sacrifice et de mutation alchimique sur les plans exotérique (Eglise de Pierre) et ésotérique (Eglise de Jean).

De même je m’étendrai sur René Girard qui a développé ses thèses pour résoudre l’énigme de la violence humaine en partant d’une simple observation sur l’envie et la jalousie dans les romans de Cervantès, Stendhal, Flaubert, Proust et Dostoïevski. Parti d’une simple observation sur l’envie et la jalousie dans ces romans, il a fini par proposer une théorie globale (littéraire, anthropologique et théologique) pour expliquer comment les hommes s’entretuent, comment ils se réconcilient, et comment ils peuvent espérer survivre à leur propre nature.

Un sujet particulièrement d’actualité je pense en ces temps troublés, quand l’œuvre de René Girard veut démontrer que les textes bibliques (et en particulier les Évangiles) possédaient une avance scientifique et anthropologique immense sur leur temps, car ils sont les seuls récits à avoir osé dénoncer le mensonge de la foule et à avoir pris le parti de la victime innocente.

D’où le titre de cet article: De la Violence à la Grâce !

Dans la tradition chrétienne, l’autel n’est pas une simple table de communion ; il est le lieu du sacrifice non sanglant (l’Eucharistie) qui perpétue le sacrifice de la Croix. La notion de sacrifice vient du latin « sacrificium« , littéralement « rendre sacré », l’un des concepts les plus universels de l’histoire des religions, de la philosophie et de l’alchimie.

Le sacrifice est avant tout un acte de transmutation énergétique et spirituelle.

En alchimie, le sacrifice correspond à la phase de la Mort initiatique, l’abandon volontaire d’une partie de son « confort » ou de ses certitudes pour acquérir une vibration plus haute.

Pour que le plomb devienne or, pour que l’Être véritable émerge, l’alchimiste doit « sacrifier » sa matière première, c’est-à-dire les scories de son ego, ses attachements profanes et ses illusions.

le sacrifice est l’étincelle qui ouvre le portail entre les mondes que représente parfaitement cette flamme vacillante de la bougie sur l’autel.

Loin d’être une simple destruction ou une privation punitive, le sacrifice est avant tout un acte de transmutation énergétique et spirituelle.

le Christ s’offre lui-même en acceptant son sacrifice sur la croix , le divin se sacrifiant pour rejoindre l’humain et l’incarner en tant que tel.

Le symbolisme du grain de blé : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit ». Le sacrifice devient la condition sine qua non de la fécondité, de la renaissance et de la multiplication de la vie, ce qui rejoint d’ailleurs les théories de Rudolf Steiner avec le courant théosophique.

Le niveau alchimique du sacrifice est sans doute le plus fascinant, car il détache le concept de toute notion de punition ou de perte douloureuse pour en faire l’outil central du Grand Œuvre.

En alchimie, « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transmue » pour reprendre Lavoisier.

Le sacrifice n’est pas une destruction définitive, mais une déstructuration nécessaire, pour reconstruire un être ou une matière sur un plan vibratoire supérieur, il faut obligatoirement briser sa forme actuelle.

On accepte de donner une matière de basse vibration (le plomb / l’ego) pour recevoir en échange une énergie de haute vibration (l’or / la conscience éveillée).

C’est le passage de la chrysalide au papillon : la chenille ne subit pas une punition, elle se « sacrifie » en tant que chenille pour libérer son essence véritable et s’envoler vers le ciel.

Pour René Girard, un auteur qui s’est particulièrement intéressé à la notion de sacrifice dans la société, le sacré traditionnel est né de la violence humaine canalisée, le christianisme venant détruire ce mécanisme en révélant le mensonge du bouc émissaire.

Avec le désir mimétique, l’être humain ne sait pas quoi désirer par lui-même. Il désire toujours ce que l’autre désire (ailleurs, l’herbe est plus verte). Ce mécanisme transforme inévitablement les individus en rivaux et propage les jalousies et les tensions au sein d’une communauté.

Pour éviter que cette rivalité généralisée ne détruise la société, la communauté se ligue de manière inconsciente contre un coupable idéal, à savoir le bouc émissaire. Le meurtre ou l’exclusion de cette victime innocente permet de décharger la violence accumulée et de ramener instantanément la paix.

Dans les mythes archaïques, la victime est jugée coupable et sa mort sacralisée. À l’inverse, les récits bibliques et les Évangiles brisent ce mécanisme en révélant l’innocence absolue de la victime, le Christ s’offrant lui-même sur l’autel du sacrifice.

Ce dévoilement oblige l’humanité à regarder sa propre violence en face par un effet de miroir.

Dans la pensée de Girard, Marie est une figure d’innocence qui se trouve entraînée dans le processus du bouc émissaire, son chagrin étant le témoin du meurtre.

Le Christ est le bouc émissaire ultime, l’Innocent suprême dont la mort révèle le mensonge fondateur de la violence mythique.

Pour René Girard, la figure du Christ est précisément l’événement historique et spirituel qui vient briser définitivement ce mécanisme de la violence mythique.

Dans sa structure apparente, l’histoire de la Passion du Christ ressemble en tout point à un lynchage mythique archaïque : une crise sociale et politique couve en Judée; la foule, les autorités religieuses (le Sanhédrin) et le pouvoir politique (Pilate), d’ordinaire rivaux, s’unissent soudainement contre un seul homme; la catharsis populaire décharge sa violence en appelant au meurtre rituel.

En mourant sur la Croix en parfait innocent, et en pardonnant à ses bourreaux (« Père, pardonne-leur, ils ne savent ce qu’ils font »), le Christ met en pleine lumière la folie et la culpabilité de la foule.

Le « voile » du mythe est déchiré et l’humanité ne peut plus prétendre que ses boucs émissaires sont coupables : elle est forcée de voir sa propre violence.

L’autel chrétien n’est pas une simple table de pierre ; il est le point de bascule ultime entre deux mondes et deux manières de gérer la condition humaine.

Sur le plan alchimique et initiatique , l’autel s’élève comme un outil de transmutation pure.

Posé sur la pierre noire (la Nigredo, la matière brute et les scories de l’ego), l’autel en marbre blanc et or devient le lieu où la forme est déstructurée pour libérer l’esprit.

Sur le plan anthropologique selon René Girard, il représente la fin du mensonge archaïque, quand les anciens mythes sacralisaient la violence en lynchant des boucs émissaires innocents pour maintenir la paix sociale.

L’autel chrétien place au centre le sacrifice d’un Innocent absolu, il brise le mécanisme de la persécution collective et force l’humanité à regarder sa propre violence en face pour s’en libérer comme de ses propres démons.

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