Cette photo que j’ai prise de l’abbaye de Cadouin illustre parfaitement la richesse et la psychologie de l’art roman, une période où l’architecture ne se contentait pas de bâtir, mais cherchait à instruire et à protéger.
Ces petits blocs de pierre sculptés sous la corniche sont typiques de l’époque romane, où l’art n’est pas « l’art pour l’art » car il est surtout et essentiellement pédagogique.
On y trouve autant de visages humains, des animaux fantastiques ou des motifs géométriques, situés à l’extérieur à la vue de tous, représentant le monde profane avec ses tentations, par opposition au sacré qui lui se trouve caché à l’intérieur, étrange analogie avec l’humain (dehors/dedans; visible/caché).
C’est aussi un rappel constant de la dualité entre le vice et la vertu qui ne peuvent se concevoir l’un sans l’autre, comme l’obscurité et la lumière.
L’art roman est le reflet d’une société féodale en pleine structuration, où l’église est à la fois une forteresse spirituelle et un livre de pierre pour ceux qui ne savent pas lire, car il faut bien se situer à cette époque plutôt que de voir ces symboles en notre temps présent, bien que nous soyons peut-être encore plus « aveugles ».

LA SYMBOLIQUE DU « X »
Dans l’iconographie médiévale, les os croisés ne sont pas seulement un rappel de la mort (le Memento Mori), mais aussi de la résurrection, avec le passage de la matière inerte à la vie spirituelle.
En ésotérisme, le X représente le point de rencontre entre deux mondes, le céleste et le terrestre. C’est le lieu du choix et de la mutation.
Au-dessus du X, on observe une rangée de triangles (ou pointes de diamant) qui figurent la stabilité de la Trinité et qui multipliés à l’infini créent un rythme vibratoire.
Ces pointes orientées vers le haut symbolisent l’ascension de l’énergie ou les rayons solaires, contrastant avec la fixité du X en dessous.

LE PENSEUR
L’ACROBATE DE L’ÂME
Dans l’art roman, ces personnages recroquevillés ou se tenant la tête ne sont pas de simples décorations. La posture évoque celle d’un « atlante » qui porte le poids de la corniche (et donc du ciel). C’est le symbole de l’homme soumis aux lois de la matière, mais qui, par son effort, soutient l’édifice sacré.
Les mains portées au visage symbolisent souvent la réflexion, le remords ou l’éveil de la conscience. C’est l’homme face à ses propres énigmes.
Pour les sculpteurs médiévaux, la tête est le réceptacle de l’esprit divin. En mettant l’accent sur le regard, l’artisan cherche à capter une « présence » plutôt qu’à réaliser un portrait réaliste.
La posture « accroupie » rappelle parfois la position fœtale, suggérant une idée de gestation spirituelle ou de renaissance.

