BAUDELAIRE: CORRESPONDANCES
« La Nature est un temple où de vivants piliers Laissent parfois sortir de confuses paroles ; L’homme y passe à travers des forêts de symboles Qui l’observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent Dans une ténébreuse et profonde unité, Vaste comme la nuit et comme la clarté, Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants, Doux comme les hautbois, verts comme les prairies, — Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,
Ayant l’expansion des choses infinies, Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens, Qui chantent les transports de l’esprit et des sens ».
La rangée de troncs verticaux et élancés qui borde le chemin ressemble à s’y méprendre à la colonnade d’une cathédrale gothique, avec ces arbres qui sont les « vivants piliers » de Baudelaire, une forêt qui laisse sortir « de confuses paroles », avec le bruissement des feuilles comme un murmure qui nous chuchote à l’oreille des messages cryptés, une langue sacrée proche de la « langue des oiseaux » que l’esprit intuitif peut capter s’il sait faire silence en lui dans sa profondeur.
La nature n’est pas un objet inerte, elle est une conscience globale qui nous reconnaît et nous accueille. Le sentier lumineux qui borde cette forêt, trace une voie de sagesse au milieu du mystère sylvestre. Il invite à avancer non pas en touriste, mais en initié capable de déchiffrer les signes cachés derrière la matière.
La lumière rasante du matin crée un contraste saisissant entre l’herbe d’un « vert prairie » vibrant et l’ombre mystérieuse du sous-bois. Ce jeu de lumière incarne la formule baudelairienne : « Vaste comme la nuit et comme la clarté ». La dualité de l’ombre (la terre, les racines) et de la lumière (le soleil sur les feuilles) fusionne dans une « ténébreuse et profonde unité ».
En contemplant cette photo prise au détour d’un chemin, je vous laisse deviner l’odeur de la mousse, l’humidité de la terre, la chaleur du soleil naissant et le silence vibrant de la forêt.
C’est l’alchimie des sens qui mène aux « transports de l’esprit ».

