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Sur le portail de l’abbatiale fortifiée de Saint-Amand-de-Coly, ce relief est sculpté dans un calcaire de couleur ocre qui prend toute sa dimension quand j’ai pris cette photo en fin de journée ave un soleil couchant qui offre les meilleurs contrastes dans la dimension des contrastes que je privilégie toujours sur le mode YIN et YANG.,

Le bloc présente deux bustes atlante qui émergent du corps même du chapiteau, une figure atlante qui fait référence au mythique géant Atlas, pour les néophytes qui me suivent, géant condamné par Zeus à porter la voûte céleste sur ses épaules.

Un mythe en correspondance étroite avec le Mythe de Sysiphe.

Les têtes et les visages sont ronds, presque lunaires, encadrés par des chevelures stylisées gravées en striations régulières (raie au milieu ou coiffure plaquée). Les yeux globuleux aux paupières étirées, le nez large, la bouche droite et les pommettes saillantes traduisent une volonté d’expression hiératique plutôt que de réalisme anatomique.

A travers leurs postures les deux figures agrippent à deux mains de lourdes tiges végétales ou palmettes qui remontent de la base de la corbeille. Les poignets sont ceints de manchettes plissées. Ce mouvement de prise symbolise l’effort d’accroche ou la rétention du monde végétal.

Le bas de la composition est occupé par des feuilles d’acanthe découpées à digitations marquées et nervures profondes, qui s’enroulent vers le haut.

Dans la statuaire romane, le motif des personnages agrippant des rinceaux ou encastrés dans la végétation dépasse la simple fonction décorative :

  1. La figure de l’Atlante et le fardeau spirituel : Ces personnages courbés sous l’astragale incarnent l’Homme soumis à la pesanteur terrestre et à la charge du péché. Supportant physiquement l’édifice ou le tailloir, ils rappellent que la création matérielle supporte la demeure de Dieu.
  2. L’homme prisonnier des passions (l’homme-plante) : Le fait que les figures émergent des feuilles et tiennent fermement les tiges illustre l’enchevêtrement de l’âme dans le monde végétatif ou matériel. Dans l’iconographie bénédictine et canoniale, saisir la plante signifie être enchaîné par les tentations du monde sensible.
  3. Le doublement du motif (l’altérité et la dualité) : La présence des deux figures jumelles côte à côte sur une même corbeille marque la dualité de la condition humaine — le tiraillement entre l’esprit et la chair, la tentation et le salut.
Un réemploi éloquent à Saint-Amand-de-Coly

L’abbatiale de Saint-Amand-de-Coly est réputée pour sa nudité monumentale et la rareté de son décor sculpté, privilégiant une architecture de défense massive.

L’insertion de ces éléments figuratifs sous le porche crée un contraste entre l’austérité des grands murs fortifiés et le détail expressif du travail de la pierre.

Placé au seuil du lieu sacré, ce chapiteau fait office de filtre symbolique : le fidèle qui passe le portique contemple la condition terrestre retenue par la matière avant d’entrer dans l’espace consacré de l’église, un volume sacré seul à même de nous permettre de nous projeter dans la dimension infinie de l’éternité qui nous appartient.

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