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Cette photo que j’ai pu prendre dans le cimetière de MARCHASTEL en Lozère, joue de manière saisissante sur la répétition et l’élévation avec ce que j’appellerais, la Résonance des Croix, ce qui m’a particulièrement frappé.

En observant l’arrière-plan, le regard est capté par une succession de croix (en pierre, en fer forgé, intégrées aux monuments). Cette multiplication crée un effet de miroir spirituel : le sacrifice ou le passage individuel avec le Christ au premier plan, se répercute à l’infini dans le collectif des âmes qui reposent en ce lieu et pour qui se trouve saisi par cette perspective qui s’affiche, du plus près au plus loin.

Au pied du bois desséché poussent des herbes folles et des fleurs sauvages jaunes et mauves, pleines de vigueur printanière ou estivale. Elles contrastent avec les couronnes et les pots de fleurs plus figés posés sur les dalles de granit.

La nature sauvage au pied du Christ témoigne de la force régénératrice de la Terre-Mère par rapport à la dimension sacrée de la nature, pour qui embrasse la mort et d’ en faire le terreau d’une vie nouvelle.

En arrière-plan s’élèvent d’imposants caveaux de granit gris, polis, massifs, gravés pour défier le temps et marquer l’importance sociale ou familiale. Au premier plan, les deux croix en bois brut n’affichent aucun nom, aucune prétention.

Elles incarnent l’anonymat mystique, celui de l’âme qui se présente nue et dépouillée devant l’infini.

Ces croix ne possèdent pas la rigidité rectiligne des monuments modernes. Elles penchent légèrement, fatiguées par les hivers, retenues pour l’une d’elles par une simple ligature.

Cette inclinaison leur confère une présence presque humaine, une posture de prière ou de fatigue digne et silencieuse.

Sous la pierre usée par le temps qui s’efface, Dort un guerrier d’un âge oublié. Son épée au fourreau a perdu sa trace, Et le lichen couvre son dernier foyer.

Le vent siffle doucement dans les herbes folles, Berçant l’âme errante d’un repos éternel. Plus de cris de bataille, plus de paroles, Seule la paix règne sous le grand ciel.

Que la terre lui soit légère et que la mémoire De ses actes et de sa vaillance subsiste, Gravée dans la pierre, comme une belle histoire, Tandis que le temps, imperturbable, insiste.

Compagne de la terre et miroir du passé, La dalle offre au regard son secret de granit, Où la croix et l’épée, en un nœud embrassé, Disent le long repos d’un voyage fini.

Est-ce un noble soldat dormant sous la verdure, Un tailleur de lumière au repos absolu, Ou le prêtre élevé par une foi si pure ? Le temps a pris le nom, le secret s’est perdu.

Le lichen d’or et d’ombre y dessine une carte, Poussière de mémoire où le vent vient chanter, Tandis que sous le ciel, l’horizon qui s’écarte Laisse l’âme immortelle enfin s’envoler.

Voyageur de l’éternel sous ton arche de pierre, Que les étoiles veillent ton sommeil de géant, Tu as trouvé la paix, loin du bruit de la terre, Ancré dans le silence et le bleu du couchant.

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