Cette statue représente Géraud de Salles (v. 1055 – 1120), une figure centrale du renouveau monastique dans le Sud-Ouest de la France au tournant du XIIe siècle. Bien qu’il soit moins célèbre que saint Bernard de Clairvaux, son influence sur l’architecture et la spiritualité de la région, notamment en Périgord et en Limousin, est fondamentale.
Géraud de Salles n’était pas un moine traditionnel enfermé dans un cloître, mais un réformateur itinérant. Il installe une petite communauté dans le vallon de Cadouin où il créa la très célèbre Abbaye entre Dordogne et Lot et Garonne. À l’origine, le mode de vie y est extrêmement simple, proche de l’idéal de pauvreté des premiers ermites.
Peu après sa mort, l’abbaye de Cadouin a rejoint l’Ordre de Cîteaux (en 1119). C’est ce qui explique le style architectural cistercien si pur de l’abbatiale : sobriété des lignes, absence de décorations superflues et recherche de la lumière. C’est sous l’influence de la communauté fondée par Géraud que Cadouin est devenue un lieu de pèlerinage majeur au Moyen Âge.
L’abbaye conservait le « Saint-Suaire de Cadouin », une relique que l’on croyait être le linge ayant entouré la tête du Christ. Bien que l’on sache aujourd’hui (depuis 1934) qu’il s’agit d’un tissu brodé en Égypte au XIe siècle, cette relique a fait de l’œuvre de Géraud un carrefour spirituel sur les routes de Saint-Jacques-de-Compostelle.
SAINT BERNARD DE CLAIRVAUX

Cette statue, située devant l’abbatiale de Cadouin, représente Saint Bernard de Clairvaux (1090-1153), le grand réformateur de l’ordre cistercien. Sa posture et ses attributs ne sont pas le fruit du hasard ; ils portent une charge symbolique forte liée à la doctrine cistercienne et à l’histoire du site.
Dans la symbolique chrétienne et ésotérique, ce doigt pointé vers le haut désigne le Principe Unique (Dieu). C’est une invitation à lever le regard au-delà de la matière pour se concentrer sur le spirituel. Pour Bernard de Clairvaux, ce geste rappelle la primauté de la règle et de l’unité de l’ordre. C’est aussi le doigt du « Magister » (le maître) qui enseigne et guide les âmes.
Saint Bernard tient un parchemin enroulé qui symbolise la charte de l’ordre, la « Carta Caritatis« , loi rigoureuse qui structure la vie des moines : « Ora et Labora » (Prie et Travaille). Contrairement au livre ouvert (qui symbolise la lecture), le rouleau fermé suggère une connaissance qui doit être « déroulée » par l’expérience intérieure et l’initiation et donc…vécue à proprement parler !
Saint Bernard est représenté avec une robe de moine aux plis verticaux et épurés. Cela fait écho à l’architecture cistercienne empreinte à la fois d’une esthétique du vide et de la lumière, refusant les fioritures romanes jugées trop distractives pour la prière. La tonsure et l’absence de parures marquent ainsi le renoncement total au monde matériel pour se consacrer totalement à Dieu.

