De passage à Saint Jean Pied de Port, mes pas m’ont naturellement guidé vers l’église, lieu de passage de nombreux pèlerins à destination de Compostelle, avant qu’ils n’affrontent les redoutables reliefs des Pyrénées qui surplombent la ville.
Il s’agit d’une tradition séculaire profondément ancrée dans la mémoire collective pour ces dépôts d’offrandes, autant d’objets laissés dans cette niche avec une symbolique forte, puisque le pèlerinage est considéré comme une métaphore de la vie, insistant sur le fait que le pèlerin revenait sur son lieu de départ, une fois atteint Compostelle, ce qui est rarement le cas de nos jours et fait perdre tout son sens au pèlerinage.
Je sui né « Ici », marchant vers ce lieu où je meurs ET « re-venant » à ma Patrie d’Origine
Déposer un objet dans cette niche, quel qu’il soit (pierre, ruban, photo) est l’acte de se libérer d’un fardeau intérieur, peine ineffable que l’on arrache de son cœur, regret d’une vie passée ou charge émotionnelle que l’on abandonne.
On devient ainsi plus léger pour continuer le chemin, physiquement comme spirituellement.
Ces offrandes constituent aussi des vœux pieux, comme autant de sollicitations qui s’inscrivent dans le temps et se figent dans un collectif millénaire de tous ceux qui nous ont précédé dans le même chuchotement de la prière, actes de remerciement bien entendu qui sont autant de témoins d’une rédemption pour la douleur d’une vie qui nous éprouve et nous transcende aussi dans le même élan.

Personnellement pour ce que je ressent en tant que voyant, c’est cette niche en pierre d’époque, rude, froide, mais surtout intemporelle, que tous ces objets enflamment de la même ardeur pour embraser le monde entier de tout l’amour inconditionnel de ces pèlerins que nous sommes, chacun d’entre nous sur le parcours de vie qui nous appartient, et pour tous les espoirs qui nous sont permis à jamais dans un monde meilleur.
Non pas celui qui nous est destiné, mais plutôt celui que nous sommes appelés à bâtir.

